Fanny Brousse

Hommage

Fanny Brousse

(27 décembre 1942 – 30 juillet 2023)

 

« Son immense générosité, son sens du partage et son sourire lumineux resteront dans le cœur de toutes celles et ceux qui ont eu le bonheur de la côtoyer et de travailler à ses côtés »

« Elle fait partie de ces enseignants qui savaient faire briller nos yeux lorsque nous entrions dans sa salle de cours »

Je me souviens …Fanny avait pris sa retraite. Nous nous promenions dans la rue Sainte Catherine. Nous regardions un magasin, peut-être deux. Soudain: « Madame Brousse, Madame Brousse ! ». Un ou une de ses anciens étudiants surgissait de la foule, ému de la revoir, plein d’enthousiasme à l’idée de pouvoir la remercier.

Après plusieurs minutes, nous reprenions notre chemin. Nous faisions cinquante mètres, un peu plus peut-être? Un nouvel appel, un nouveau visage radieux, le même élan de reconnaissance. Et ainsi de suite… Je me moquais avec admiration.

Elle en riait, mais jamais elle n’en tirait gloire, simplement heureuse d’avoir pu être utile. Peu importaient les TDs surchargés au-delà du raisonnable, les longs week-ends à corriger tant de paquets de copies ou à préparer des vitrines pour faire mieux saisir les subtilités des décisions de la Cour Suprême… sans oublier les mind maps qu’elle affectionnait.

Elle n’affichait pas sa compétence. Elle la rendait accessible et elle la transmettait. Un mandarinat archaïque l’a freinée au début de ses recherches universitaires. Volant du temps pour les conduire, elle les poursuivait pourtant avec passion. Les avoir laissées inachevées était son seul regret. Sa priorité allait à l’enseignement.

Elle adorait suivre des cours de cuisine, peindre et décorer de la porcelaine. J’ai dû beaucoup insister pour qu’elle signe ses œuvres. Elle a cédé et deux initiales discrètes témoignent aujourd’hui de sa modestie permanente.

Fanny n’aimait pas les conflits. Elle n’aimait pas d’avantage l’exercice de l’autorité. Elle préférait le dialogue et l’explication. Elle préférait faire confiance. Derrière le personnage tant apprécié pour sa gentillesse et sa discrétion existait une force de caractère et une détermination que rien ne pouvait entamer. Aimer, aider ne la rendait pas moins lucide. Mais son choix était celui de la compréhension, de l’indulgence et de la deuxième chance.

Son ambition majeure était de rendre heureux les membres de sa famille, ses amis, son entourage. Tous ceux qui l’ont côtoyée ont autant admiré sa gentillesse et son humilité que son intelligence et sa culture. Fanny disait qu’il faut dire aux gens qu’on les aime de leur vivant.

Nous l’avons tous fait hier. Nous le refaisons aujourd’hui pour rappeler sa présence.